jeudi 13 juin 2013

Xénophobie ordinaire

Permets-moi, mon cher petit nazillon d'arrière-boutique, de t'envoyer aujourd'hui mes souhaits les plus sincères.

Toi qui effaças ton sourire automatique de caisse-enregistreuse dès que tu entendis mon accent étranger,
Toi qui aimerais pouvoir barbouiller sur la porte de ton échoppe : « Interdit aux chiens et aux étrangers », craignant sans doute que les deux espèces ne viennent chier sur tes photos mal cadrées de bambins humiliés dans des mises en scène grotesques,
Toi le fier inculte au front bas qui ignores qu'un de mes compatriotes conçut il y a cent ans l'invention qui te fait vivre,
Toi qui m'as refusé ce que tu accordas la seconde précédente sous mes yeux à un de tes concitoyens et qui anxieusement places entre toi et le monde extérieur ta panse à bière, je souhaite que sur ton Doppelgänger adipeux tu trébuches un jour et que sous lui tu étouffes lentement dans tes renvois de houblon,
Toi qui m'as tutoyé, soufflant dans tes bajoues de molosse obèse « non, mais ça c'est pas pour toi », je souhaite qu'un jour remontant ton pedigree de dogue allemand galeux, tu y trouves un setter irlandais ou un lévrier afghan,
Toi le stérile âpre au gain qui me dis « Trop cher pour toi » sans doute parce que ce jour-là, comme je portais le t-shirt de l'université où j'enseigne, tu craignis que je ne sois un étranger venant vivre des bourses universitaires, je souhaite que l'on coupe les tiennes et qu'on te les serve, façon tajine, baignant dans une sauce indienne au curry,
Toi qui ris de tes dents jaunes et de mes fautes de déclinaison, quand tu ne postillonnes qu'imparfaitement ta langue maternelle, je souhaite qu'un jour, quand tu suffoqueras dans tes sueurs de bœuf en transhumance annuelle à Majorque, un serveur te refuse ton infusion de malt jusqu'à ce que tu prononces parfaitement la jota,
Toi qui me montras la porte de ton regard fuyant, dont aucun bagagiste ne saurait soulever les valises, je souhaite que ton rideau de fer s'abaisse sur toi pour toujours, et qu'on t'ensevelisse dans ton tiroir-caisse, ton épitaphe sur une étiquette de prix : « Ci-gît Machin, qui compta beaucoup ses sous mais peu pour les autres ».

Permets-moi donc, mon cher porteur de chemise brune à auréoles, de cracher aujourd’hui à ta face rougeaude toute ma haine et tout mon mépris.

lundi 14 mai 2012

055

Question d'origine. La fausse note d'un pianiste c'est simplement un peu de bois et de métal qui vibrent trop vite ou trop lentement. Celle d'un violoniste en revanche, c'est le hurlement du chat à qui on extirpe les boyaux pour faire les cordes, combiné aux hennissements du cheval à qui on arrache les crins pour en faire l'archet.

mercredi 2 mai 2012

dimanche 29 avril 2012

053


Ramonant par erreur une taupinière qu'il prit pour un volcan, ce gosse inculte de Petit Prince tua sur le coup la seule compagnie qui aurait pu lui épargner le bavardage insupportable de sa rose.

mercredi 11 avril 2012

052

Le travail en France et en Allemagne.

Voici une histoire vraie que m'a racontée un allemand. Il travaille au sein d'une grande entreprise de la chimie :
- un de ses collègues ingénieur, appelons-le Peter, avait consacré sa vie à son entreprise. Cause ou conséquence, il ne jouissait en rien des plaisirs de ce qu'on appelle une vie personnelle : il était célibataire et ne s'arrêtait de travailler au bureau que pour aller finir ses dossiers chez lui.
Un jour, le poste supérieur à sa fonction, et qu'il convoitait depuis longtemps, se libère enfin. Il postule. Ses états de service son irréprochables, et il a toutes les compétences requises pour le poste.
En Allemagne existe une loi qui stipule qu'à compétences et expériences égales seront privilégiés à l'embauche les femmes et les handicapés. Pour le poste auquel prétend Peter se présente... une femme handicapée. Elle obtient le poste en question.
Les semaines qui suivent cette embauche, Peter développe une ingéniosité peu commune à pourrir la vie de sa nouvelle supérieure hiérarchique. Après une épuisante période de vacheries répétées, Peter obtient un congé sabbatique et s'en va faire de l'ingénierie humanitaire en Asie.

Un an après, il revient à son poste. Ses collègues le trouvent changé. Le jour de son retour, il déjeune même avec sa supérieure, celle qui a obtenu le fameux poste, et plaisante avec elle.

Le lendemain il ne vient pas au travail. Ses collègues téléphonent chez lui. Pas de réponse. Deux jours passent encore sans signe de vie. Les collègues décident d'aller chez lui. Ils tambourinent à la porte sans succès. Un voisin observateur indique que Peter est rentré il y a deux jours, et qu'on ne l'a pas vu sortir. On force la porte.
Peter s'est suicidé. Chez lui, on trouve une pièce, un bureau, exactement à l'identique de celui qu'il a dans la firme. Les mêmes meubles, les mêmes dossiers, tout exactement en double jusqu'au presse-papier en améthyste.

vendredi 13 mai 2011

050

Cet enfant turbulent, bruyant, gênant, mal poli, mal élevé, mal aimable, attirant la gifle comme le purin la mouche, bénéficie d'un statut proche du piédestal attribué par la psychologie moderne : il est hyperactif. (soulagement chez la mère).
Ce doux rêveur en revanche, ayant renoncé à toute activité avant d'avoir torturé sa première mouche, préférant la paresse aux babillages, et n'ayant d'autre passion que sa propre immobilité, fait la honte de sa mère chaque soir à la sortie de l'école : aucun psy ne l'a encore déclaré hypoactif.

lundi 25 avril 2011

049

Chanibalisme. Mon chat obèse mange son herbe à chat : un gros minou mangeant des graminées.

vendredi 22 avril 2011

048

La torpeur s'est à nouveau abattue sur la ville. Les rues sont désertes, l'atmosphère est étouffante. Les rares aventureux risquant au péril de leur peau une sortie à l'air libre rasent les murs et fuient tout endroit non abrité. Tout devient couvercle : balcon, méniane, arbre, store, tonnelle, pergola, gloriette, treille, ombrelle, parasol, parapluie, chapeau, bonnet, galurin, casquette, caloquet, voilette, et sous tout ce qui peut mettre une barrière entre le ciel et la tête se cachent les humains. Que se passe-t-il ? Menace imminente d'un bombardement, migrations spectaculaire de millions d'étourneaux qui ne s'arrêteront pas au sol pour l'enrichir de guano ?

Tiens, le soleil est revenu.

jeudi 21 avril 2011

047

"Il y avait en Westphalie (...) un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces." Candide, c'est moi !

dimanche 17 avril 2011

046

Épitaphe au tombeau d'Alexandr(ejard)in :

Si doué qu'on le dit fils aîné de la lyre,
il dût savoir écrire avant de savoir lire.

samedi 16 avril 2011

045

Polyglotte : émouvante grand-mère madrilène pour qui pratiquer une langue étrangère consiste à parler espagnol, mais plus fort.

vendredi 15 avril 2011

044

Comment l'Etat renouvelle le cogito cartésien : je remercie vivement la France que j'ai quittée de me rassurer encore sur mon identité. Tous les dix ans, il faut griser des mêmes signes les cases aussi étroites que l'intelligence des fonctionnaires qui les déchiffreront, sous la loupe s'ils sont déjà presbytes, ou par dessus la jambes s'ils sont dignes de leur mission.

Il me fallut donc confirmer après vérification dans mon livret de famille, que je n'avais pas changé de géniteurs durant les dix années écoulées, et que moi comme eux, n'avions pas préféré un autre lieu de naissance (bien que je ne puisse réellement confirmer le mien, étant trop jeune à l'époque). Puis, je dus fournir deux photos d'identité identiques, ce qui est un pléonasme (le photographe ayant répété trois fois très solennellement qu'il ne fallait surtout pas sourire, mon rictus est à la hauteur de cette angoisse administrative). Bien que la chirurgie fasse aujourd'hui des choses étonnantes, il me fallut préciser que je n'avais pas non plus changé de sexe (simple déclaration sur l'honneur, aucune photo exigée, ce que je trouve d'une négligence coupable quand on sait le nombre de gastéropodes hermaphrodites qui rampent dans notre société).

Enfin, une facture étant l'ultime preuve de mon existence, je déclare donc, au terme de mes recherches : "Cogito ergo somme, je dépense donc je suis"

dimanche 6 mars 2011

The king of limbs (2011) de Radiohead : Revue et critique d'album.


Il faut toujours un peu de temps pour digérer un nouvel album de Radiohead. Depuis Kid A, c'est à chaque sortie la même chose : au début de l'étonnement, suivi d'une petite déception. Et ensuite, au fur et à mesure des écoutes aussi répétées que frénétiques, on commence à comprendre, et surtout à apprécier.

The king of limbs n'échappe pas à la règle. A la première écoute, les quatre ans d'attente semblent ne pas être comblés par cette nouvelle étrangeté auditive. 8 morceaux, moins de 37 minutes de musique dont les 3 de Feral sont simplement rythmiques (on ne peut pas vraiment dire instrumentales), on se dit qu'ils n'ont pas beaucoup bossés. On en viendrait presque à donner raison aux critiques qui les étrillent un peu en ce moment. Et puis on se raisonne, on n'est quand même pas aussi con qu'un critique des inrocks. On écoute, on se tait, et on tombe sous l'effet Radiohead. De plus, je parie mon album collector d'Amnesiac qu'il vont nous refaire le coup de Kid A / Amnesiac et en sortir plusieurs à la suite.

Revue d'album.

1. Bloom.
L'intro du morceaux décrit une bonne partie de la démarche de Radiohead. Pendant les 9 premières secondes, une main droite sur le piano joue un riff accéléré à l'extrême, et brusquement tout s'arrête, seules les deux dernières notes sont jouées en trille à l'infini, et la grosse machine électronique + basse semble détruire la « jolie petite mélodie » qui s'annonçait. Suivent 40 secondes de quasi atonalité rythmique, où se mettent en place les différents effets programmés qui seront la colonne vertébrale du morceau. Puis la basse recommencent à jouer quelques notes au milieu du chaos rythmique. Et enfin, avec une reverb de cathédrale et faisant trainer les syllabes aussi longtemps qu'il les articule peu, c'est l'entrée de Thom York, descpriptive dans la manière et dans le texte : « Open your mouth wide » Ce qu'il va faire jusqu'à la fin du morceau. Le reste n'est plus que le combat d'un chant hyper mélodique et d'une rythmique hachée et brutale faite de syncopes à la caisse claire et à la basse. Le chant est plus que jamais cosmique et se paie d'ironie avec « I'm moving out of orbit ».

2. Morning Mister Magpie.
L'intro de ce petit bijou iconoclaste est plus habituelle. Une rythmique démentiellement rapide sera bientôt couverte par le son de guitare bien connu, clair et trainant (Fender mirco manche + chorus, voire Weird Fishes/Arpeggi ou Reckoner sur In rainbows) de Greenwood. Thom York commence par cracher un « You got some nerve coming here » à la manière d'Optimistic sur Kid A. Le miracle du morceau vient du fait que la rythmique est complètement irrégulière, et pourtant elle tient : parfois en retard, parfois en avance : la « batterie » fait des pauses, ou accélère, et finit toujours par se caler avec les instrument à cordes. On ne l'entend pas immédiatement, mais c'est ce qui fait le caractère dérangeant et séduisant du morceau, qui serait sans plus banal sans cela. A noter un superbe bridge chanté sans parole qui apporte une incroyable légèreté avant que la rythmique haletante ne reprenne tout.

3. Little by Little.
Attention chef d'œuvre. On pourrait leur reprocher (si on se le permettait) d'avoir privilégié jusque là la rythmique aux dépens de la mélodie. On se tromperait bien : Little by Little débute et est entièrement construit sur un riff de guitare incroyablement long et mélodique : c'est une longue montée harmonique de 10 mesures et plus de deux octaves. La voix de Thom Yorke se perche à des hauteurs inhumaines et carrément divines sur le refrain et les ponts. Le texte se permet un clin d'œil au passé : « A job's that's killing you » reprend No surprises trop souvent galvaudée dans de mauvais films.

4. Feral.
Un déluge de rythme instrumental ou même la voix sans parole est un instrument. C'est expérimental, c'est intéressant. Des infra basses étonnantes (nécessite un bon matériel audio et des voisins très aimables.)

5. Lotus Flower
Chef d'œuvre bis. La rythmique est réduite à une ligne syncopée mais pourtant simple (noire blanche noire trois double croche noire) qui va soutenir tout le morceau avec une basse faite de notes de longue tenue. Le couplet chanté de façon « normale » fait place à un refrain lyrique où la hauteur de la voix de Thom york n'a plus de limites. Le morceau le plus « radioheadien » de l'album et il est parfait.
C'est le premier clip de l'album : à voir absolument. Une chorégraphie de Thom York étonnante entre le sérieux et l'ironie.


6. Codex
Il n'y a que deux éléments dans ce morceau et l'exploit est de les faire tenir ensemble : une mélopée lourde d'accords plaqués au piano, et une voix aérienne qui réussit à la faire décoller. C'est minimaliste et très réussi. Le morceau sonnerait pop si le piano n'était pas distordu, et que des dizaines de petits effets (électroniques ou instrumentaux) ne venaient sans cesse ponctuer certaines phrases (dont des cuivres très étonnants qui rappellent Living in a glashouse sur Amnesiac). La fin du morceau est une rêverie musicale et lunaire.

7. Give Up The Ghost
Une très belle ballade : guitare (jouée et frappée sur le corps du plat de la main comme le ferait une grosse caisse) et voix, plus un chorus vocal constitué par deux deux phrases «  Don't haunt me Don't hurt me » joué en boucle très haut perché qui remplace une mélodie aux ondes Martenot comme a pris l'habitude d'en jouer Johnny Greenwood depuis Kid A.

8. Separator
un morceau bien planant pour finir ou Thom York psalmodie un long texte sur une batterie très claire aidée d'une basse sèche et ronde (se rapprochant du son d'une contrebasse). Le dernier couplet s'enrichit d'une guitare aigüe jouant une mélodie aux accents parfois orientaux.
La dernière phrase « wake me up » résume bien l'album : on en sort comme d'un rêve avec des passages cauchemardesques mais toujours magnifiquement artistiques.

samedi 12 février 2011

043

Était-ce pour mieux me signifier sa parenté phylogénétique avec la courge ou le cynorhodon, que cette candidate à l'examen dont j'étais le jury, et à la poitrine aussi décolletée et opulente que sa prestation était couverte et plate, se mit à rougir de honte des oreilles aux melons ?

vendredi 11 février 2011

042

D'un point de vue grammatical, la Révolution Française ne fut que la haine d'une préposition, micro-particule onomastique à peine complément du nom propre. Tout cela pour finir avec un Napoléon qui préféra un adjectif numéral ordinal à un vrai nom de famille...

jeudi 10 février 2011

041

Comment les réponses se font parfois longtemps attendre : lorsque Marcel, obtenant en juin 1942 une permission pour son courage au front - si tant est que le courage se situe là - rentra dans sa dans sa Bourgogne natale, il put enfin répondre à une question vieille de 150 ans, car trouvant sa femme très occupée - comme toute la zone - à aiguiser la baïonnette incarnate que lui tendait un officier allemand, Marcel répondit que oui, il entendait dans sa compagne mugir ce féroce soldat.

mercredi 9 février 2011

040

Parmi ces deux frères, l'un avait une tête à chapeaux, l'autre avait une tête à claque. La nature est parfois bien injuste.

mardi 8 février 2011

039

Aussi fermée que la bouche de cet enfant, comme un aéroport cubain en période de blocus ou un aéroport français en période de grève des aiguilleurs, face à la cuillère de Blédina aéro-portée à bout de bras par les efforts nutritionnels de son père, gavé de Dolto et autre littérature abortive vous dégoutant à jamais de l'acte même de copulation, dans sa résistance à toute ouverture, ne peut-on dire que la noix est l'huitre de la terre ferme ?

lundi 7 février 2011

038

Le chat, animal poilu des babines à la queue, est donc revêtu intégralement de cuir chevelu. N'est-il pour autant qu'un cerveau vertébré ? La question reste ouverte.